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Journée de clôture
Rencontre avec Jean Claude VOLOT,
Médiateur national des relations inter-entreprises
Vincent LEBUGLE – Rédacteur en Chef Le journal de la Production :
Jean Claude VOLOT, bonjour. Vous êtes Médiateur national inter-entreprises. Pour les gens qui ne vous connaitraient pas, est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu quels sont l’objectif de cette médiation, et le travail qui a été réalisé ?
Jean-Claude VOLOT : Médiateur national des relations inter-entreprises :
La médiation, elle vient des Etats Généraux de l’Industrie. Auparavant, avec René RICOL, on avait fait passer cette idée auprès des plus hautes instances du pays, de l’Etat, parce qu’on avait constaté lors de la Médiation du Crédit que la relation entre les Entreprises était mauvaise. Chose que moi je savais, je suis chef d’Entreprise, je sais depuis très longtemps quel est le comportement des grands donneurs d’ordres, et des moins grands d’ailleurs.
Vincent LEBUGLE :
Oui, parce qu’il y a une cascade qui se fait.
Jean-Claude VOLOT :
La France est un pays où c’est un exercice national de ne pas respecter la loi, ne pas respecter les règles, mais ce n’est pas que pour là, vous savez bien que c’est quelque chose qui existe depuis longtemps, qui est très culturel. Mais, il n’y avait pas eu légitimité à le faire. Vous imaginez que l’Etat entrant dans les relations entre les Entreprises, ce n’est pas un exercice facile.
Vincent LEBUGLE :
C’est mal vu.
Jean-Claude VOLOT :
Mais, il y a eu les Etats Généraux de l’Industrie, et là, ça a râlé dans toute la France, je dis bien râlé, je choisis le mot, parce que c’est devenu insupportable ces relations. Et puis donc, le 12ème des 23 points en cours d’application des Etats Généraux de l’Industrie, le 12ème c’est la mise en place d’un médiateur. Comme j’avais quelques pratiques de ça, de ces techniques, on m’a demandé de le faire, je l’ai fait avec grand plaisir et ça fait 18 mois, avec une équipe magnifique que nous développons cet esprit de médiation. Alors, il faut avouer qu’une grande partie du temps, nous faisons beaucoup plus de la régulation que de la médiation. Régulation parce qu’on demande à ceux qui ne respectent pas la loi de respecter la loi.
Vincent LEBUGLE :
De rentrer dans le rang.
Jean-Claude VOLOT :
On va respecter la loi tout simplement. On leur dit « écoutez, vous ne respectez pas la loi sur tel sujet, s’il vous plaît mettez-vous en conformité avec la loi ». C’est de la prévention, ce n’est pas du curatif, parce que le curatif c’est la répression des fraudes. Vous savez très bien que le secteur qui est le plus surveillé et sanctionné, c’est la grande distribution ; des procès de la grande distribution, ça fait des années qu’il y en a les uns derrière les autres, et que très régulièrement la DGCCRF contrôle, et puis le Ministre responsable – aujourd’hui Frédéric LEFEBVRE – sanctionne, même très sévèrement. Mais, les autres secteurs étaient ignorés. Et nous on a rendu compte, ce qu’est l’intérêt important de cette médiation aussi, c’est de montrer, de mettre tout en fait à la lumière, et de voir que c’est dans tous les secteurs que ces choses se pratiquent – marges arrières non négociées, modification unilatérale du contrat commercial –
Vincent LEBUGLE :
Ce n’est pas réservé du tout au secteur de la grande distribution ? Tous les secteurs fonctionnaient sur le même mode ?
Jean-Claude VOLOT :
Tous les domaines. Il n’y en n’a pas un où on peut dire que ça n’existe pas, ce n’est pas vrai. Quand vous êtes dans des secteurs extrêmement concurrentiels comme l’automobile, même si les méthodes sont répréhensibles – mais vous pourriez encore dire « oui, il y a des raisons parce que lorsqu’on lutte contre un constructeur coréen, maintenant des chinois et des indiens… ».
Vincent LEBUGLE :
Où là il n’y a même pas de loi.
Jean-Claude VOLOT :
On peut imaginer que. Mais, comme vous êtes dans des secteurs extrêmement rentables où la cupidité humaine prend le dessus avec des pratiques insupportables, là c’est quand même très embêtant. Donc, vous voyez bien que le point commune de tout ça, ce n’est pas la concurrence en fait, le point commun de tout ça, c’est beaucoup plus cette avidité qui existe. Dans ses rémunérations du capital excessives, insupportables dont on souffre aujourd’hui, vous voyez bien la situation financière globale du pays bien sûr. Donc vous voyez, l’intérêt de cette médiation, d’abord c’était de mettre en lumière toutes ces pratiques, de demander aux gens de respecter la loi. Le Gouvernement, l’année dernière, m’a demandé de vérifier s’il existait tous les textes pour ça, il existe en fait une réponse juridique à toutes les situations.
Vincent LEBUGLE :
Donc, c’était juste un non-respect de ce qui existait déjà ?
Jean-Claude VOLOT :
Pas que, 80 %. Moins maintenant parce que – je vais vous avouer – le fait qu’on existe a changé les autres. Christine LAGARDE lorsqu’elle est partie, le plus beau compliment que Christine a pu me faire, c’était de me dire « Jean Claude, le seul fait que vous existiez, que le Médiateur existe, a changé la donne et a changé le milieu ». C’est vrai, on le constate, ce qui fait que la part de la médiation dans notre fonction grandit, et il y a moins de régulation évidemment. Quoi que là, une crise revenant, à chaque fois que les crises reviennent, les relations se durcissent bien sûr, parce que vous avez des gens dont les services achat – mais surtout au-dessus de ça, les directions financières –
Vincent LEBUGLE :
Mais justement, vous n’avez pas peur que ça mette à mal, que cette crise ou au minimum cette crise de confiance qu’on vit aujourd’hui, ne mette à mal justement tout le travail qui a été fait sur les 18 mois précédents ?
Jean-Claude VOLOT :
Les crises elles sont, même si elles ont des dimensions structurelles, elles sont par périodes ; vous avez une crise, une période où les choses redeviennent mieux comme ces années 2000 à 2010.
Vincent LEBUGLE :
Qui se raccourcissent d’ailleurs.
Jean-Claude VOLOT :
Oui, peut-être qui se rallongera aussi. Moi, je ne crois pas trop aux cycles dans ces choses-là, il y a des quantités de facteurs qui font que ce n’est pas quelque chose qui a une allure régulière en fait. Dans les situations difficiles, les relations se durcissent parce que les pratiques faites par les acheteurs redeviennent des pratiques qui sont non équilibrées, et qui sont la loi du plus fort, la jungle. Et puis quand vous avez des périodes qui sont plus aisées, là le rapport de force se modifie puisqu’on a besoin du fournisseur. Prenez l’aéronautique aujourd’hui, son grand souci c’est de savoir si ça se supply chain sera capable de suivre par exemple. Et là, évidemment le rapport de force se ré-inverse un petit peu. Alors, dans les temps qui viennent, oui les choses il faudra les surveiller de près, mais notre mission elle est sur un long terme, elle est pour une permanence bien sûr, période basse comme période haute. Il faut que dans ce pays, on finisse par comprendre que de travailler intelligemment ensemble, ça gagne plus d’argent que d’écraser son fournisseur.
Vincent LEBUGLE :
Ce que j’allais vous poser comme question, est-ce que finalement la compétitivité des grands groupes peut rimer avec une amélioration durable des relations entre les fournisseurs et leurs donneurs d’ordres ?
Jean-Claude VOLOT :
Vous savez, ça c’est comme la leçon de ski, c’est-à-dire que ce n’est quelque chose qui n’est pas si évident. Le réflexe naturel, c’est les comportements qu’on voit aujourd’hui, de durcir la relation et imposer ses vues, alors qu’en fait la vérité pour être efficace, c’est se mettre le nez dans la pente, c’est-à-dire avoir une relation, une collaboration avec son fournisseur, ensemble, en écosystème intelligent, pour être plus efficaces. Et c’est quelque chose qu’on aura du mal à faire rentrer dans la culture d’un pays comme la France, car la France est un pays de conflit. Il n’y a que le conflit qui réjouit. Et la France ne se met en position solidaire que lorsqu’elle est en grande difficulté. Alors là, je crois qu’on est servis, on y est. Et là, la France, les français seraient capables d’être grégaires, sinon ils ne sont surtout pas grégaires, à la différence de nos voisins et cousins allemands qu’on est toujours en train de vanter, mais les fondamentaux culturels sont tellement différents que c’est – on peut comparer bien sûr – mais on ne peut pas imiter.
Vincent LEBUGLE :
On ne peut pas imiter parce qu’on n’a pas la même vue des choses. D’accord. Par contre, vous parliez tout à l’heure de cupidité excessive. Cette cupidité excessive, est-ce qu’elle peut « disparaître » ou est-ce qu’il va falloir trouver un moyen de montrer que cette cupidité peut être servie par une amélioration des relations ?
Jean-Claude VOLOT :
La cupidité, c’est un avariant de l’humanité. Donc, il ne faut pas rêver, ça ne disparaîtra pas, c’est un avariant, c’est là depuis toujours, ça existe depuis toujours, ça existera toujours bien sûr. Donc, vous voyez qu’il faut aller plutôt chercher dans une solution qui satisfasse la cupidité, et qui soit positive pour tout le monde, qu’autre chose. Je crois qu’on en a parlé, nous travaillons avec des universitaires de plus en plus, donc le Professeur HENKE, américain, est venu en France.
Vincent LEBUGLE :
Que vous avez invité, oui.
Jean-Claude VOLOT :
Il est venu en France prouver que de fonctionner en écosystème intelligent fait gagner plus d’argent aux clients, fournisseurs aussi, mais aux clients.
Vincent LEBUGLE :
Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu quelle est son approche à ce Professeur HENKE ?
Jean-Claude VOLOT :
HENKE est un universitaire américain à l’université du Michigan, et il y a maintenant très longtemps, 25/30 ans, qu’il observe en fait les différents comportements des grands groupes automobiles installés sur le territoire américain. Donc, il considère que Toyota, Nissan, Honda sont américains parce qu’ils ont des usines et conçoivent aux Etats-Unis bien sûr, avec les constructeurs traditionnels américains comme Général Motors, comme Ford et autres. Et en fait, il a très bien montré que ceux qui fonctionnaient en écosystème – on va dire à la japonaise, avaient des résultats bien meilleurs, que le taux de satisfaction de la relation mesurée chez le fournisseur était bien meilleur, et que le résultat des Entreprises était bien meilleur. Ça lui a permis d’ailleurs, à HENKE, de prédire la faillite des Sociétés américaines en 2008. D’ailleurs, il l’avait dit, ça se terminera par une faillite, ce qui s’est fait. Et à partir de ce moment-là, les américains ont ce talent de pouvoir se retourner très vite. Ils ont mis en place des systèmes méthode HENKE, de collaboration mutuelle extrêmement proche, donc ce sont des systèmes d’évaluation, d’enquêtes bien sûr.
Vincent LEBUGLE :
Donc, il a les deux aspects dans la méthode alors ?
Jean-Claude VOLOT :
Qui permet de quantifier la qualité de la relation.
Vincent LEBUGLE :
Il est capable de la quantifier cette qualité de la relation.
Jean-Claude VOLOT :
Et d’une manière maintenant, par des méthodes expérimentales qui se sont au fur et à mesure perfectionnés d’une manière aujourd’hui qui est incontestable. Et donc, ces Sociétés américaines sont en train de se redresser très vite, d’ailleurs c’est dans la presse économique, parce qu’ils ont mis ce système en place voyez-vous. Et ça, c’est quelque chose qui est démontré aussi par ailleurs ; vous avez – j’ai découvert en France récemment le professeur DEFRAIN qui est à PARIS II, qui avant faisait partie de l’école d’économie de NANCY, qui lui a mis en évidence le travail, c’est un chercheur en économie, il travaille sur le coût des conflits, que coûte le conflit dans une Société comme la Société française. Et DEFRAIN a jugé, lui, que les conflits déclarés coûtaient au pays 2 % du PIB.
Vincent LEBUGLE :
Conflits tous confondus, pas uniquement ceux de l’industrie ?
Jean-Claude VOLOT :
Conflits économique. Je vous rappelle que ma fonction est dans tout le domaine économique. L’industrie, c’est 40 % de nos activités, beaucoup dans le service bien sûr, et dans tous les domaines, absolument tous les domaines, commerce et autres. Dans l’ensemble des conflits déclarés mesurables et identifiables, parce qu’ils passent devant les Tribunaux, il suffit de regarder et de juger, dans le coût des conflits vous avez le coût apparent qui est la condamnation et le coût des Avocats. Et puis après, vous avez les coûts derrières, le coût qualité qui est derrière.
Vincent LEBUGLE :
Les dommages et intérêts.
Jean-Claude VOLOT :
Le coût perte de confiance du client, du fournisseur.
Vincent LEBUGLE :
Il n’est pas chiffrable celui-là.
Jean-Claude VOLOT :
Il y a trois plans de coûts, et il estime 2 % des conflits déclarés. Comme on sait que les coûts déclarés, c’est une faible partie de la réalité totale des conflits, énormément de conflits ne sont pas déclarés, pour lui 2 % minimum du PIB c’est-à-dire 40 milliards d’euros. Comme on cherche les milliards d’euros de tous les côtés en ce moment, vous voyez l’importance que ça a. Et on estime à 5 à 6 fois plus l’ensemble des coûts avec les conflits non déclarés, c’est-à-dire 200 milliards d’euros. Vous imaginez ce que coûtent à notre pays ces pertes liées à ces conflits. Ça me rappelle – on est dans un journal de production ici qui évidemment est sensible à ces sujets – quand j’étais jeune ingénieur et jeune chef d’Entreprise à la fin des années 70 début des années 80, ont été mis en place les plans qualité, donc la qualité française n’était pas bonne – la France n’a pas une image de bonne qualité sauf peut-être dans le luxe, dans quelques domaines – mais à l’époque on estimait que la mauvaise qualité produite en France coûtait 20 à 25 % du PIB. C’était considérable. Aujourd’hui, on est réduit à 5 à 7 % quand les allemands sont aussi à 2-3 %, vous voyez aussi. Donc, cette petite différence de quelques pourcent donne l’image de marque, c’est ce qui donne l’image de marque. On est aussi sur un gisement qui 40 après est de même nature (le gisement 30 ans, il ne faut pas que je me vieillisse de trop quand même !). D’ailleurs, on a devant nous 200 milliards. Maintenant, quand est-ce qu’on sera assez intelligent pour aller les conquérir tous ensemble dans l’intérêt du pays ? Où est-ce qu’on va continuer d’être dilapidé toutes les années ? Le problème est un problème macroéconomique majeur.
Vincent LEBUGLE :
Il y a une prise de conscience derrière.
Jean-Claude VOLOT :
Ce n’est pas VOLOT avec ses soldats en train de régler quelques problèmes de médiation sur le territoire, ce n’est pas ça, le sujet est bien plus important que ça. L’intérêt de la médiation, c’est non seulement traiter les conflits à ceux qui nous demandent de les aider bien sûr – ça c’est vraiment de la microéconomie que nous faisons avec un grand plaisir avec 4 autres succès qui je vous rappellerai qui est quand même à 83 % de succès, donc la médiation ça marche - mais c’est les effets macros et la mise en évidence de tous ces coûts inouïs pour ce pays. Et donc, la prise de conscience de ça je pense, même dans les grandes Entreprises internationalisées devenues très apatrides, par nécessité, par snobisme, par cupidité, par concurrence, peu importe, par tout ce que vous voulez, il y une nécessité pour les grandes Entreprises françaises, il y a une évidence assez factuelle qu’elles sont devenues très apatrides bien entendu. Mais, il y a quand même derrière ça, ce qui résonne dans les rencontres que je fais des Présidents et Directeurs de grands groupes, c’est la nécessité que pour ce pays on fasse aussi ce qu’il faut pour le sauver. Parce que je crois que personne, même les grands groupes français où le marché français ne représente plus que quelques pourcent, 10 % en général de leur chiffre d’affaire, n’ont pas intérêt à voir la base sur laquelle ils sont assis depuis toujours s’effondrer bien sûr. Ils n’ont pas intérêt à voir la France 5ème pays industriel économique au monde – toujours – devenir le 50ème, je crois que personne n’y a intérêt, personne n’y a envie. Donc c’est pour ça en fait qu’on croit dans notre mission. Et pour vous dire, ce n’est pas une mission – pour revenir à nos propos au départ – de quelques mois, c’est une mission sur des années, des années et des années.
Vincent LEBUGLE :
Alors justement, vous avez mis en place une charte de bonne conduite entre clients et fournisseurs. Cette charte elle a quand même un succès relativement important…
Jean-Claude VOLOT :
Pas relativement, important.
Vincent LEBUGLE :
Important. Je vais vous dire pourquoi je dis « relativement », c’est-à-dire que vous avez commencé avec 12 signataires, un an plus tard vous êtes avec 10 fois plus de signataires.
Jean-Claude VOLOT :
Dans les 210-211. Mais, nous avons beaucoup de signatures en prévision. J’en signe une d’ailleurs cet après-midi.
Vincent LEBUGLE :
Par contre, moi ce que je constate, c’est que dans la liste de signataires que j’ai eue à ma disposition, je n’ai vu aucun grand acteur de l’automobile. Comment on peut expliquer ça ? Est-ce qu’ils vont y venir ?
Jean-Claude VOLOT :
Alors, les raisons sont simples. C’est que la plateforme automobile – la PFA – a été créée un an avant la médiation. Elle a été créée, je vous rappellerais que c’était la crise, les deux grands constructeurs français allaient mal, l’Etat est venu en leur prêtant 3 milliards à chacun, et Luc CHATEL qui à ce moment-là était secrétaire d’Etat à l’industrie a décidé de les réunir. Ça a été un moment très important parce que c’était tout de même une filière automobile qui avait 7 Fédérations qui ne s’entendaient pas.
Vincent LEBUGLE :
Qui ne se parlaient plus.
Jean-Claude VOLOT :
Qui se tiraient dessus sans cesse, et qui ne s’écoutaient même pas. Donc, au moins les ramener sur une plateforme, c’était au moins les faire se parler et créer une structure automobile française à peu près intelligente, où les choses communiquaient. Claude CHAM a été chargé de faire fonctionner cette PFA. À l’intérieur de cette PFA a été créée une charte bien entendu. Mais cette charte, je l’ai toujours dit à mes amis de l’automobile, elle a un double avantage qui pour moi est un double inconvénient, c’est-à-dire qu’elle est en partie charte et en partie plan de progrès. Il faut séparer les deux, donc une charte et un plan de progrès, ce n’est pas la même chose. Donc, immédiatement j’ai été en relation avec eux très étroite, avec Claude CHAM on se parle presque tous les jours, pour faire avancer cette idée de médiation et de charte à l’intérieur de la PFA qui est une spécificité puisqu’elle est antérieure à la création, et même aux Etats Généraux de l’Industrie.
Vincent LEBUGLE :
Elle date d’avant les Etats Généraux de l’Industrie ?
Jean-Claude VOLOT :
Bien sûr. Et puis ce qui s’est passé, c’est que pas à pas, elle a avancé, il y a des structures de discussions qui existent. Je vois même dans la PFA, rappelons-nous qu’au départ les constructeurs étaient un peu à côté, ça démarrait sur les rangs 1, sur les grands équipementiers. Et puis, maintenant pas à pas ils y viennent. Claude CHAM, je ne vais pas le trahir parce qu’il a dit publiquement sa pensée, on va rentrer dans ce qu’on appelle la PFA2. Dans la PFA2, à partir de cette base d’agglomération qui a été faite, on continuait de structurer et d’organiser cette filière, un peu je dois le dire avec une certaine fierté à l’image de l’aéronautique qui est mon métier. Et LOGIFA, cette Fédération aéronautique représente 99,9 % du chiffre d’affaire de l’aéronautique en France.
Vincent LEBUGLE :
C’est un exemple de dialogue assez efficace.
Jean-Claude VOLOT :
Même si la vie n’est pas rose à l’intérieur de cette fédération aéronautique, en attendant tout s’y dit. Et tout le monde peut y trouver son compte s’il est intelligent et s’il écoute ce qui se dit. Ce qu’on voudrait dans l’automobile, dans le ferroviaire – le ferroviaire va vite en ce moment à s’organiser, ils étaient très en retard, et d’ailleurs je me rappelle mes premières relations avec eux étaient dures parce que je leur faisaient des analyses critiques dures du dysfonctionnement qui y avait, et ils ont su sous l’égide et la présidence du Sénateur Louis NEGRE mettre en place rapidement tout ce qu’il fallait pour que tout ça fonctionne et ils vont très vite – l’automobile, elle est en train de se mettre en place. Je crois qu’il était grand temps parce que, n’hésitons pas à le dire, on a tout de même des constructeurs français qui sont en danger. N’oublions pas que l’Angleterre n’a plus de constructeur, que l’Italie est en situation extrêmement difficile. Nous, un nom comme RENAULT, si aujourd’hui RENAULT était tout seul et qu’il n’y a pas eu cette association avec NISSAN, je crois qu’il y aurait des soucis.
Vincent LEBUGLE :
Il y aurait des questions à se poser.
Jean-Claude VOLOT :
On peut aussi critiquer Carlos GHOSN, je ne suis pas toujours un grand amoureux de Carlos GHOSN. Au moins le nom RENAULT existe toujours. Alors aujourd’hui, c’est une Entreprise très internationalisée RENAULT bien sûr. Et puis vous avez chez PEUGEOT qui ont voulu rester une Entreprise très française, très ingénieurs, et puis vous voyez bien que malheureusement le Président VARIN qui est pourtant quelqu’un qui a une volonté vraiment de constituer cette filière, est bien obligé de prendre des axes stratégiques qui sont assez différents. Aujourd’hui, vous avez sur une voiture certains moteurs électriques, certains composants, même composants moteur, que chez PEUGEOT continuent de concevoir alors que les autres les achètent sur des étagères chez des constructeurs mondiaux. Faire une voiture, c’est comme un avion. Vous savez faire un avion, AIRBUS il conçoit l’avion, il le vent, il surveille la maintenance, il fait en sorte que tout se passe bien, et qu’est-ce que fait AIRBUS ? Il fait un assemblage bien sûr. Un constructeur automobile, ça devient un assembleur de composants qui sont faits ailleurs. Donc, on ne peut pas aller contre ces mutations, ces évolutions, bien sûr elles sont là, elles existent. C’est vrai qu’elles se font sur des périodes de 10 ans, de 15 ans, de 20 ans bien sûr. Mais, si vous prenez 10 ans ou 15 ans de retard, eh bien vous êtes un train en retard.
Vincent LEBUGLE :
Un train en retard, oui.
Jean-Claude VOLOT :
Un jour ou l’autre, c’est inexorable ces situations-là.
Vincent LEBUGLE :
Et pour en revenir à la crise, est-ce que justement cette crise ne va pas amener à redéployer les outils de la médiation ? Est-ce qu’il y a une médiation du crédit aujourd’hui ? Il y a une médiation relation inter-Entreprises. Est-ce qu’il ne va pas falloir marier tout ça ?
Jean-Claude VOLOT :
Je voudrais finir en disant qu’avec l’automobile, on devrait avoir les premières signatures de ma charte dans les jours qui viennent.
Vincent LEBUGLE :
C’est une bonne nouvelle.
Jean-Claude VOLOT :
C’est une bonne nouvelle, mais il nous a fallu d’abord avoir une relation de confiance avec cette PFA, chose que l’on a faite, très grande confiance. D’ailleurs, Claude CHAM est l’invité d’honneur de mon comité exécutif de lundi prochain. Donc là, ça permet pas à pas de ramener les choses dans la ligne pour qu’on ait une totale cohérence, mais il n’y a aucun souci là-dessus. Pour revenir à votre question sur la crise qui revient, il est nécessaire de donner une cohérence. Vous avez dû apprendre, parce que c’est public, que le Gouvernement, le Premier Ministre, le Président ont décidé en fait de mettre tout de suite en marche toute une troupe, une vraie armée de l’Etat et des régions et des départements, pour parer à la crise qui est devant nous et qui risque de s’approfondir. Je crois que plus on préparera en amont, mieux on parera à cette difficulté, et j’espère peut-être même que ce dispositif, si un jour on ne s’en sert pas ou très peu, eh bien ce sera très bien. Il a été nommé René RICOL, le Premier Ministre a nommé René RICOL au Gouvernement pour coordonner en fait l’ensemble des actions de l’Etat, des régions et des départements sur les territoires, tout le monde bien sûr. Cette mission, on est en train de l’organiser. René RICOL comme d’habitude, puisque vous savez qu’on a une grande proximité tous les deux, m’a demandé de l’aider à ça, chose qu’évidemment je fais avec un grand plaisir. Et sur le territoire, on va déjà au plan national, coordonner avec tous les patrons de type OSEO, Caisse des Dépôts, France Investissement, Médiation du Crédit, Médiation des Entreprises, exportations, Conseillers du commerce extérieur bien sûr.
Vincent LEBUGLE :
Matières à plan de bataille.
Jean-Claude VOLOT :
Propriétés industrielles. Enfin, tout est en train de se mettre en place, c’est un plan de bataille vous pouvez le dire, plan de bataille bien sûr qui ensuite va sous l’égide des Préfets de région se reproduire au niveau des régions avec tous ses intervenants, de sorte que les Entreprises puissent avoir réponse à toutes les questions de crise, mais pas de crise aussi, c’est-à-dire s’il y a un problème de propriété industrielle qui se pose, il n’est pas spécifiquement lié à la crise bien sûr. Il peut intéresser à la fois l’INPI, mais intéresser aussi la médiation des Entreprises, pour regarder la dimension juridique et le respect des textes en matière de propriété industrielle. Tout ça c’est en train de se mettre en ordre de bataille de façon très amont.
Vincent LEBUGLE :
Organisée.
Jean-Claude VOLOT :
Je retiens une phrase du Président de la République qui dit « il faut qu’aucune Entreprise, quel que soit sa taille sur le territoire, ne soit laissée toute seule avec ses problèmes. Il faut qu’elle trouve réponse à tout ça ». Alors, on peut appeler ça le guichet unique, c’est possible. Avec mon ami René RICOL, on a cette vieille idée qu’on rêve depuis longtemps, qu’on a exposé plusieurs fois aux autorités, même celle d’avant maintenant, de faire cette agence, ce Miti japonais en quelque sorte, qui est une fonction très transverse des services de l’Etat, voir que l’Etat avec les Ministères est organisé en 6 lots et qu’il n’y a pas beaucoup de transversalité. Alors, il y a les grandes directions de l’Etat comme la DG6 bien sûr qui peuvent être à cheval sur un ou deux ministères, mais la transversalité s’arrête là. Là en fait, dans ce que nous sommes en train de créer, c’est une véritable transversalité de l’ensemble des services de l’Etat et des régions.
Vincent LEBUGLE :
Qui permettrait éventuellement de créer de nouvelles filières ou de développer de nouvelles filières comme les énergies renouvelables ou des choses comme ça ?
Jean-Claude VOLOT :
Ça, vous être en train de parler de l’action suite au Grand Emprunt du Commissariat Général d’Investissement, dirigé par René RICOL et toute une équipe merveilleuse – j’ai le plaisir d’être le Président du Comité Consultatif Industrie et Financement des Entreprises du Commissariat Général d’Investissement, les investissements du futur – et là on est en train évidemment de voir émerger les futures filières industrielles sur tout ce qui constitue les nouvelles industries. Les nouvelles industries, c’est celles qui ont démarré, on les connait, et qui vont être amenées à se développer de façon importante dans le futur. Et ça, ça fait partie du dispositif global que nous sommes en train de mettre en place.
Vincent LEBUGLE :
D’accord. Jean Claude VOLOT, merci pour tout cet espoir que vous nous avez donné dans l’industrie, et les outils qui sont à son service.
Jean-Claude VOLOT :
Merci à vous. Diffuser ce qu’on vient de dire le plus possible, parce que vous voyez bien aussi que vous nous aidez, vous par vos actions, tous les journalistes dans toutes les formes d’expression médiatique bien sûr, à développer ça parce que notre pays a besoin de solidarité. C’est essentiel que l’armée France se mette en marche bien entendu, et que ça ne soit pas – vous me direz qu’il y a eu une armée de va-nu-pieds à Valmy qui a battu trois empereurs – mais, il faut quand même que ce soit autre chose que ça.
Vincent LEBUGLE :
Quand il y a un peu d’équipement, c’est un peu mieux. Merci.
Jean-Claude VOLOT :
Merci.