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Spécial Hannover Messe
Tendances en automatismes
Michel MAISSANT - Responsable marketing Business Development - Rockwell automation
Thierry LECOEUR - Chef produits automation - Phœnix contact
Maxime RENAUD - Ingénieur marketing - National Instruments
Jean-Sébastien SCANDELLA – Rédacteur en Chef – Jautomatise :
Quelles sont les grandes tendances dans les automatismes ? On en parle sur Manufacturing.fr avec Michel MAISSANT, Responsable marketing Business Development chez Rockwell Automation, Thierry LECOEUR, Chef de produits automation chez Phœnix contact, et Maxime RENAUD, Ingénieur marketing chez National Instruments. Maxime RENAUD, parmi les grandes tendances des automatismes, on note la programmation unifiée. Qu’est-ce que c’est et pourquoi faire ?
Maxime RENAUD – Ingénieur marketing – National Instruments :
Effectivement, c’est une des grandes tendances qui apparait depuis quelques années maintenant. C’est la possibilité d’avoir des outils pour développer sur différentes plateformes, en fait, on va parler plutôt de plateformes, donc avoir des outils de développement unifiés qui vont permettre de cibler toute une gamme de matériels plus ou moins différents ou qui peuvent évoluer grâce aux logiciels pour répondre à tous les besoins, l’idée étant d’offrir des outils plus faciles à utiliser, plus hauts niveaux, qui vont permettre entre autres à des équipes réduites de sortir des solutions plus rapidement sur le marché. Donc, c’est de limiter les besoins en personnes pour développer plus rapidement et plus simplement son application sur une plateforme globale logiciel + matériel.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Thierry LECOEUR, chacun a son outil. Quelles sont les tendances dans ces logiciels de programmation ?
Thierry LECOEUR, Chef produits automation - Phœnix contact :
Déjà il y a une masse commune, c’est-à-dire qu’aujourd’hui les fabricants proposent des logiciels normés, donc un client va investir du temps pour apprendre la programmation, mais ce temps sera capitalisé pour être utilisé chez différents fabricants. Après évidemment, chaque fabricant va apporter quelques outils pour permettre une productivité plus accrue, mais la tendance est du Plug and Play ; ce sont des outils, des bibliothèques qui sont déjà préinstallés, préconfigurés, pour n’avoir qu’à les utiliser en fonction du métier que l’on veut développer. Chaque logiciel va apporter quelques outils de diagnostic et de productivité, mais la grande tendance c’est quand même d’avoir des bibliothèques à utiliser pour être installés dans chaque métier que le client va programmer.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Faire du facile. Vous le disiez, chacun a son programme, mais il y a une norme. Le programme unifié universel, c’est une chimère ou ça pourrait exister ?
Thierry LECOEUR :
À mon avis, ce sera très difficile parce que chaque fabricant va apporter des outils facilitants, mais a aussi son métier et son savoir-faire. Une plateforme universelle pour tous les automatismes, je ne pense pas que ce sera possible.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Michel MAISSANT, la simplification, l’universalité, c’est une question de logiciel, ça peut être aussi une question matérielle ?
Michel MAISSANT - Responsable marketing Business Development - Rockwell automation :
Oui, tout à fait, il faut répondre aux besoins et aux exigences des clients qui souhaitent avoir à la fois sur la partie logicielle – on vient d’en parler – quelque chose de très simple à utiliser, mais aussi de standard et d’homogène pour pouvoir adresser différentes plateformes, d’automatisme en particulier. Mais, aussi ce besoin de la part du client d’avoir au niveau Hardware, au niveau plateforme matérielle donc, une simplification aussi du matériel pour différentes raisons, c’est-à-dire à la fois pour des raisons de formation, de simplification de la partie formation, pour des raisons de maintenabilité, de support de parcs installé en termes de matériel. Toutes ces raisons-là font que lorsque le client a besoin de traiter à la fois par exemple une partie process, à la fois une partie packaging de conditionnement, qu’il doit gérer la sécurité, qu’il doit gérer du contrôle de mouvements, tous ces aspects-là doivent pouvoir être aujourd’hui et demain rassemblés dans une plateforme matérielle multi discipline qui doit s’adresser à l’ensemble de ces disciplines.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Alors justement, une plateforme matérielle qui permet de faire plusieurs choses, ça nous amène à notre deuxième grande tendance ; la sécurité. Thierry LECOEUR, des automates qui sont capables de faire leur travail d’automates, mais aussi de la sécurité, ça existe déjà ?
Thierry LECOEUR :
Oui, bien sûr ça existe. En fait, différents fabricants proposent différentes solutions à différents niveaux de puissance de calcul. Une des tendances chez certains fabricants, c’est de justement proposer des solutions plus ou moins universelles, qui peuvent proposer des solutions de sécurité, avec différents automates du marché, sur différents protocoles réseaux. Evidemment, ce n’est pas une solution qui va répondre à tous les besoins puisque cette solution étant très ouverte, va être sous-entendue aux capacités de l’automate et du réseau hébergeur, mais va répondre à 80 % des besoins dans une solution Safety sur des machines, sur du process ou du packaging.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Ça veut dire que la limite est d’abord dans le réseau, dans les capacités du réseau ?
Thierry LECOEUR :
Voilà, exactement, puisqu’en fait, avec ces solutions universelles, et étant donné qu’on vient être supportés par la capacité de l’automate et du réseau, ce sont ces limites-là qui font que nous ne pourrons pas proposer des solutions pour des besoins très très ciblés dans la Safety. Par contre, nous aurons des solutions quasiment universelles sur différents réseaux et automates quel que soit le fabricant.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Michel MAISSANT, sécurité ça ne veut pas simplement dire Safety, on parle aussi sécurité des installations et fiabilité des informations.
Michel MAISSANT :
Oui, tout à fait. On parlait de réseau. Il faut que les réseaux communicants puissent être sécurisés pour pouvoir supporter l’aspect Safety. Et puis il y a l’aspect fiabilité des informations puisqu’il est vraiment important pour un client de pouvoir avoir la garantie qu’entre différents équipements, le transfert des données va se faire de manière fiable, et on va avoir des données complètement intègres à l’issue de ce transfert. Cette notion de Safety, de sécurité de transfert de données est aussi vraiment très importante.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Et ça se fait grâce à quoi, par quoi ?
Michel MAISSANT :
Ça se fait grâce à des réseaux, grâce à des protocoles de communication qui sont des couches mises sur les réseaux physique, puisqu’aujourd’hui on voit bien que la tendance est de pouvoir, depuis le capteur qui est au niveau du terrain jusqu’à la supervision, le MES ou voire au-delà, on a besoin de transférer de l’information. Donc, cette information doit être fiable et donc sécurisée.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Maxime RENAUD, on nous parle de virus industriels. Les automates sont sujets à ce genre de maladie ?
Maxime RENAUD :
Aujourd’hui, les automates en eux-mêmes restent assez protégés puisque souvent ils sont fermés par le constructeur. Par contre, il est vrai que sont apparus certains virus qui ont attaqué non pas les automates mais des logiciels de plus haut niveau, au niveau de la supervision par exemple. Par contre, la tendance qu’on voit aujourd’hui c’est qu’on n’a pas forcément intérêt, et là c’est la tendance de l’informatique, à détruire un système ou venir l’abîmer. Ce qui va être important aujourd’hui, ce sont les informations qui vont transiter, justement c’est la sécurité des informations, et comme aujourd’hui on essaye d’accéder aux informations depuis n’importe où, il faut protéger ces informations sur le réseau. Donc, la sécurité est à différents niveaux ; au niveau du matériel, au niveau de la communication, et il faut se protéger par rapport à ça. Mais aujourd’hui, il y a tout ce qu’il faut pour se protéger sur les standards, ou alors on va rajouter des éléments sur le réseau pour faire transiter les informations de manière sécurisée.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Typiquement, au niveau matériel, avec quoi on se protège ?
Michel MAISSANT :
Dans l’implémentation qu’on va faire sur les protocoles, il y a du côté logiciel qu’on va pouvoir se protéger en rajoutant du cryptage des données. Au niveau matériel, sur la gestion d’applications, il y a des gens qui seront plus à même de répondre que moi, mais il faut des blocs de sécurité qui vont répondre à certaines normes pour gérer la sécurité au niveau matériel.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
L’une des grandes tendances aussi dans les automatismes, c’est tout ce qui est lié aux technologies Web, l’accès depuis l’extérieur. Michel MAISSANT, à quoi ça sert les technologies Web dans les automatismes ?
Michel MAISSANT :
Alors c’est vrai que c’est une grande tendance aujourd’hui de pouvoir avoir accès depuis le Web en déporté, en décentralisé, de pouvoir avoir accès à de l’information. De plus en plus, on s’aperçoit déjà que les entreprises externalisent leur service maintenance, donc il doit y avoir la possibilité de pouvoir à distance aller visualiser les informations de maintenance, des diagnostics, par exemple de panne. Typiquement pour un fabricant de machines, ce qui est vraiment important pour lui c’est de pouvoir, à distance, chez son client, détecter d’où vient l’arrêt machine par exemple, quelles sont les causes d’arrêt machine, et pouvoir diagnostiquer de manière très rapide les raisons pour lesquelles la machine est tombée en panne. Donc, ce besoin de pouvoir à distance visualiser l’installation est vraiment très important. Il existe des outils sur le marché pour pouvoir justement créer éventuellement des pages Web personnalisées pour que l’utilisateur puisse vraiment se retrouver dans l’environnement qu’il connait bien, et avoir accès à l’ensemble des informations dont il a besoin.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Il y a une demande des utilisateurs finaux et des constructeurs de machines pour avoir accès aux informations à distance. Maintenant l’intelligence, elle, elle reste sur le terrain, Maxime RENAUD ?
Maxime RENAUD :
Oui, tout à fait. Effectivement, ce que l’on voit aujourd’hui c’est qu’on a besoin d’accéder à ces données-là à distance, c’est une forte demande, on reste connecté tout le temps à travers nos Smartphone ou notre ordinateur, on a envie d’avoir cette information-là, et aujourd’hui il y a tout un tas de solutions qui permettent de recevoir l’information. Pour tout ce qui est contrôle, on va plutôt être sur des tâches simples de gestion d’alarme ou des choses comme ça. Tout ce qui va être contrôle commande, aujourd’hui on ne peut pas encore envisager de déporter, de dématérialiser – on parle beaucoup de dématérialisation – dématérialiser le contrôle commande aujourd’hui, ça reste quasi impossible de faire cela, ou alors sur des tâches rudimentaires.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Thierry LECOEUR, faire du contrôle commande par le Web, ça servirait à quelque chose ?
Thierry LECOEUR :
Non, clairement je rejoins mes collègues. Aujourd’hui, le serveur Web sera utilisé pour du diagnostic ou de la télémaintenance via des tunnels VPN par exemple, avec des Firewall intégrés pour pouvoir filtrer qui rentre et qui sort. Mais, le contrôle commande doit être localisé parce que c’est une gestion du process qui est souvent en temps réel, et aujourd’hui le Web ne permet pas ce genre de situation critique, à la milliseconde près par exemple, donc c’est uniquement à destination du diagnostic ou de la gestion d’alarme ou de la télémaintenance. Détection de panne, avant on envoyait un technicien, mais en aucun cas pour du process en temps réel.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Par contre, vous le disiez, on n’est pas du tout dans le temps réel avec le Web.
Thierry LECOEUR :
Non, on est beaucoup trop dépendants du tuyau Ethernet, et donc le temps critique n’est pas gérable sur ce genre de tuyau. Ce sont des processus plus lents ou moins prioritaires, voire pas du tout dangereux pour le process.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Maintenant, c’est le moment de rêver ; Michel MAISSANT, l’avenir des automatismes, l’automatisme du futur pour vous, c’est quoi ?
Michel MAISSANT :
Pour le client final, c’est d’avoir un système de contrôle commande simplifié et facile à utiliser. Comme je le disais tout à l’heure, déjà multi discipline ; le client a besoin de pouvoir, avec le même environnement, travailler à la fois la partie process, la partie packaging par exemple, ou sécurité – on en a parlé tout à l’heure, Safety - il doit pouvoir avoir un atelier-logiciel qui soit un environnement dans lequel il va pouvoir à la fois programmer son automatisme, à la fois définir ses interfaces homme/machine et les configurer, à la fois configurer ses variateurs de fréquences par exemple, piloter ses commandes d’axes, donc vraiment un atelier-logiciel unifié. Et puis un réseau unique ; c’est pouvoir avoir depuis le bus de terrain jusqu’au niveau haut de l’entreprise, avoir le même type de réseau qui lui permettra d’avoir de diagnostics beaucoup plus faciles à trouver.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Thierry LECOEUR, pour vous le futur, c’est quoi ?
Thierry LECOEUR :
Eh bien là je vais être un peu redondant, parce que j’ai un peu la même vision en fait. Aujourd’hui, on est dans une phase de production où on a un contrôle commande qui est localisé et qui ne sera pas déporté. On a des outils facilitants avec des serveurs Web, des tunnels VPN pour accroître la télémaintenance et la détection de pannes. Et c’est aujourd’hui le meilleur compromis des deux mondes. Après, nous sommes, nous fabricants, en train d’apporter des outils pour les clients afin d’intégrer ces deux paramètres de manière très simple, soit avec des bibliothèques déjà préparées, soit avec des bouts de programmes déjà compilés, ce qui fait qu’on va vers une tendance Plug and Play au niveau de la programmation pour que chaque client vienne tirer la quintessence de son métier et ne pas s’occuper de la programmation proprement dite de l’appareil.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Maxime RENAUD, l’avenir c’est pareil, l’avenir est dans le logiciel pour vous ?
Maxime RENAUD :
Oui, pour nous l’avenir se tourne vers à peu près les mêmes choses ; c’est une plateforme matérielle qu’on peut dériver suivant les applications, en fonction des besoins des clients, un même outil logiciel qui va permettre de créer les fonctionnalités du matériel. L’avenir est effectivement, je pense, dans les applications. Et ce qui me semble être important, c’est également de fournir des outils plus faciles d’utilisation pour que ce soit les experts du domaine qui puissent directement développer leur application. Par exemple, dans l’énergie quelqu’un qui se spécialise dans les systèmes d’économies d’énergie, qu’il puisse directement développer son système de régulation qui va être plus performant, plutôt que d’avoir à faire appel à une dizaine d’experts en développement de matériel, en développement logiciel spécifique. Je pense que la convergence va aller vers là ; un outil simple d’utilisation qui par le logiciel va configurer le matériel pour réaliser l’application.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
L’idée, c’est de s’adresser à des experts-métiers et pas à des experts en informatique ?
Maxime RENAUD :
Tout à fait.
Jean-Sébastien SCANDELLA :
Et ce ne sont là que quelques-unes des grandes tendances dans les automatismes, on aura l’occasion d’en reparler. Ces grandes tendances, on les a aussi observé à la foire de Hanovre il y a quelques jours, nous avons fait un sujet sur ces tendances que vous pourrez retrouver sur Manufacturing.fr Merci à vous trois, et à bientôt sur Manufacturing.fr