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Eric BESSON nous parle d’Industrie
Eric BESSON – Ministre de l’Industrie, de l’énergie et de l’économie numérique
Guy FAGES – Rédacteur en Chef Manufacturing :
C’est au salon Industrie 2012 qu’Eric BESSON, Ministre de l’Industrie, est venu inaugurer peut-être un de ses derniers salons en tant que Ministre de l’Industrie. Alors, nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur l’avenir de l’industrie, mais également sur les actions qui ont été menées. Ecoutons-le.
Monsieur Le Ministre, quelles sont les actions qui restent encore à faire en France pour industrialiser ?
Eric BESSON – Ministre de l’Industrie, de l’énergie et de l’économie numérique :
Il y en a beaucoup. D’abord, il faut avoir un regard objectif et nuancé. Ce n’est pas vrai que la France serait en situation de désindustrialisation absolue. On a des secteurs que se portent très bien, d’ailleurs certains sont représentés ici, et d’autres qui objectivement sont en difficulté. Il faut créer un environnement favorable ; ça veut dire plusieurs choses : se soucier de compétitivité, quand on parle du financement de la protection sociale (ce que le Président a appelé la TVA Anti délocalisation), c’est lié à une seule chose, il ne faut pas que le financement de la protection sociale à l’avenir pèse trop sur le travail sinon on sait bien ce que sont les risques au regard notamment de notre principal partenaire, ami, allié, mais aussi concurrent qu’est l’Allemagne. Deuxièmement, il faut de vraies filières industrielles en développant 12 filières dites d’excellence, et en incitant grands groupes à travailler avec des PME, des PMI. Je pense qu’on fait œuvre utile, on fait naitre des solidarités qui ailleurs peut-être sont nées plus spontanément, et que là il a fallu encourager. Il faut aussi créer un environnement fiscal ; la suppression de la taxe professionnelle, globalement pour l’industrie ça a été un ballon d’oxygène. Le crédit impôts/recherche, ça nous permet de maintenir ou de développer des centres de recherche et de développement en France. Les investissements d’avenir ont très concrètement aidé un certain nombre de secteurs. Si le véhicule électrique se développe en France, c’est notamment grâce à l’appui des investissements d’avenir. Et puis à la base, il faut des inventeurs, des ingénieurs, des concepteurs, des designers même, puisque même dans l’industrie, ça devient de plus en plus important. Et de ce point de vue là aussi, je pense qu’en ayant donné l’autonomie aux universités, en essayant d’encourager des synergies par les pôles de compétitivité, je pense qu’on fait œuvre utile. Alors, le problème de l’industrie, c’est qu’entre le moment où vous semez la graine et le moment où vous voyez la plante, il peut y avoir un peu de temps et qui ne sert à rien de tirer sur la tige si ce n’est au risque de la casser.
Guy FAGES :
Justement, quelle est l’action dont vous êtes le plus fier à ce Ministère de l’Industrie ?
Eric BESSON :
Ma fierté, c’est quand nos industriels remportent de grands marchés. Je suis rentré hier de Malaisie ; en Malaisie, je vois Technip qui a créé une usine d’une importance absolue. Je dîne avec le patron d’Air Asia, Tony FERNANDEZ, et il me fait l’éloge des Airbus, il a signé un très gros contrat.
Guy FAGES :
C’est le résultat technologique des filières ?
Eric BESSON :
C’est de dire le Ministre de l’Industrie il est là pour essayer de contribuer à un environnement favorable. Donc, il n’y a pas de… la fierté c’est quand nos industriels sont en pointe, mais c’est aussi parfois quand on arrive, avec l’aide du FSI, avec l’aide du SIRI, à sauver une Entreprise qui est viable, mais qui est, par la crise qu’on a connu ces dernières années, qui était sur le fil du rasoir en terme conjoncturel, et que nous aidons à survivre. Voilà, les fiertés, elles ne sont jamais individuelles, elles sont collectives, on arrive à faire des choses ensemble.
Guy FAGES :
Le prochain Ministre de l’Industrie, qu’est-ce qu’il faudrait qu’il conserve absolument ? Qu’est-ce qu’il faudrait qu’il évite de démonter ?
Eric BESSON :
Le prochain Ministre de l’Industrie, qu’est-ce qu’il faudrait qu’il conserve ? Ben, moi !
Guy FAGES :
Autre question que nous lui avons posée : l’aide aux Entreprises. Faut-il les aider à se moderniser, à mettre des outils de production en place pour moderniser l’outil de production et garder une production en France ? Voici sa réponse.
Eric BESSON :
Bien-sûr, elles le font spontanément. Les PME, contrairement à ce qui est parfois suggéré, sont extrêmement réactives et ont en plus une envie d’exporter bien plus grande qu’on ne le dit en France où on aime bien s’auto flageller. Alors après, à nous de créer des outils pour le faciliter. Je pense que, par exemple OSEO Industrie ce que l’on a appelé la banque de l’Industrie, va être un outil au service notamment, pas seulement mais notamment et d’abord, des PME et PMI.
Guy FAGES :
Qui ont été dotées d’un milliard supplémentaire ?
Eric BESSON :
Absolument. Vous avez bien résumé. Mais au-delà de ça, ce qu’il faut… en fait on a beaucoup d’outils qui existent. L’une des taches que nous nous sommes assignés, c’est l’idée du portail unique, si je puis dire, pour pas dire du guichet unique, c’est-à-dire faciliter grandement l’accès des chefs d’Entreprises qui n’ont pas que ça à faire, qui ne vont pas embaucher toute la journée des consultants pour les aider à s’y retrouver, faciliter considérablement l’accès du chef d’Entreprise aux différents dispositifs appuyés auxquels il a le droit. C’est un chantier que j’ai lancé au Ministère, et qui portera ses fruits dans quelques semaines et qui je crois est crucial pour nos PME.
Guy FAGES :
Oui, là il y a un résultat, il y a un Start PME, c’est ça ? Un projet ? On n’a pas la réponse encore ?
Eric BESSON :
Oui, et un certain nombre d’autres initiatives qui sont en cours, mais qu’il ne faudra lancer que quand elles seront prêtes.
Guy FAGES :
Donc, Eric BESSON de passage sur le village nucléaire qui a été mis en place par les organisateurs à Industrie 2012, a tenu quand même à préciser l’importance de l’énergie nucléaire et le savoir-faire français dans ce domaine-là.
Eric BESSON :
C’est un savoir-faire essentiel, même si, il faut le dire quand même, il y a une compétition désormais de plus en plus intense avec les américains, les russes, les coréens. La force de la France, c’est d’avoir exploité 58 réacteurs sans accident majeur, et avec un opérateur – EDF - un industriel – Areva -, mais aussi Alstom, qui ont acquis des lettres de noblesse à l’international, une autorité de sûreté nucléaire reconnue, et un CEA dans la recherche qui lui aussi est reconnu. Mais, en même temps il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers. Le nucléaire a encore un bel avenir devant lui en Europe, contrairement à ce que l’on dit, il suffit de voir l’appel d’offre britannique en cours, ou tchèque, ou slovaque, plusieurs, et à l’international hors Europe, regarder les appels d’offre en cours ; Chine, Inde, Arabie-saoudite, Afrique du Sud, Brésil.
Guy FAGES :
On a une compétence en France assez importante sur ce secteur-là ?
Eric BESSON :
On a une compétence, mais il peut nous arriver de perdre des appels d’offre importants. Abu Dhabi, nous l’avons perdu, donc il faut en tirer toutes les leçons, et travailler pour que ça ne se reproduise pas, et qu’on ne manque pas un certain nombre d’appels d’offre important actuellement, voilà. Donc, une technologie reconnue, mais beaucoup d’agressivité de nos concurrents, et donc ne pas s’endormir sur nos lauriers.
Guy FAGES :
Et voici en fait le bilan, les frustrations de notre Ministre de l’Industrie aux sorties du salon et de l’inauguration d’Industrie 2012.
Eric BESSON :
La petite frustration pour moi, comme pour celles et ceux qui m’ont accueillis, c’est sans doute que je n’ai pas pu aller sur tous les stands et prolonger des conversations intéressantes. Mais il me semble d’abord quand j’écoute les uns et les autres sur leur carnet de commande ou leur potentiel, ça confirme ce que je vous disais tout à l’heure, qu’il ne faut pas décrire notre industrie comme exclusivement en difficulté ou menacée par des délocalisations. Il y a aussi des Entreprises qui vont très bien, et on voit aussi l’impact des grands contrats ou de ce que peuvent être les grands constructeurs. Nombre de sous-traitants nous ont dit « travaillez pour Airbus, travaillez pour les grands constructeurs automobile, ou pour Alstom, etc. ». Donc, ça veut bien dire que la logique de solidarité de ces filières industrielles, on la voie là à l’œuvre.
Guy FAGES :
Et justement, c’était une de vos actions, avec le fait de faire discuter entre elles les PME, les grandes Entreprises ?
Eric BESSON :
Absolument. Il y a ces 12 filières stratégiques qu’on évoquait tout à l’heure. Et effectivement, par ailleurs la médiation « donneur d’ordres/sous-traitant » pour essayer de résoudre un certain nombre de difficultés, de malentendus, voire de cas choquants, parce que ça arrive aussi, si je puis dire, d’abus de situation. Je crois que ça va mieux, il y a encore des efforts à faire, mais on a pas mal progressé.
Guy FAGES :
Monsieur le Ministre, merci beaucoup. Merci, au revoir.
Au gré de sa visite, le Ministre a été arrêté par certains exposants, dont Madame MARKO. Ecoutez un petit peu la question qu’elle lui a posé, et puis la réponse du Ministre.
Catherine MARKO – Directrice Générale chez SEISCOI France :
Je lui ai posé la question suivante, c’est de savoir pourquoi les candidats à la présidentielle n’étaient pas passés sur le salon de l’Industrie, puisque l’industrie est la vache à lait des gouvernements successifs ? Donc, il aurait fallu, un petit peu, flatter l’industrie.
Eric BESSON :
Deux choses : d’abord, on n’a pas nécessairement besoin d’opposer l’industrie et l’agriculture.
Catherine MARKO :
Je ne vous oppose pas.
Eric BESSON :
Ce sont deux secteurs dont nous (10 :04), d’ailleurs ils ont des points d’intersection qui est l’agroalimentaire. Deuxième chose : pour celui que je soutiens et que je représente ce matin, Nicolas SARKOZY, vous avez vu ce qui s’est passé ; il est entré en campagne électorale tard parce que l’actualité politique a fait qu’il a dû rester à 100% Président le plus longtemps, et qu’il a 6 semaines de campagne. Voilà, donc il a dû faire un certain nombre de choix. Pour ce qui concerne l’industrie, je peux vous dire que son attachement à l’industrie ne doit pas être contesté. Si vous saviez le nombre de déplacements – je suis Ministre de l’industrie depuis 18 mois – le nombre de déplacements en usines que j’ai fait avec lui en 18 mois, je ne pensais même pas que ce soit possible dans son agenda. Nous y sommes allés ensemble au moins une fois par semaine en moyenne pendant 18 mois. Et on peut dire que je crois que des investissements d’avenir, en passant par toutes les mesures qu’on rappelait tout à l’heure, il n’aura pas cessé de dire son amour de l’industrie. Voilà, donc si sur les 5 jours que dure le salon, il ne peut pas passer…
Catherine MARKO :
C’est dommage.
Eric BESSON :
Je ne pense pas qu’on puisse lui en faire grief. Mais bon, comme je le vois tout à l’heure, je lui dirai.
Guy FAGES :
Un Ministre de l’industrie qui s’intéresse à la robotique, c’est une chose intéressante. Il a justement discuté avec le patron de FANUC, Jean-Hugues RIPOTEAU. Ecoutons ce dernier nous faire un petit résumé de ce que lui a dit le Ministre.
Jean-Hugues RIPOTEAU – Président de FANUC ROBOTICS France :
Non seulement il avait l’air intéressé, mais il a posé trois questions. C’était trois questions qui étaient au cœur du sujet, donc c’est plutôt rassurant. Et je soupçonne qu’il connaissait les réponses. Donc, c’est plutôt bien.
Guy FAGES :
C’était quoi les questions ?
Jean-Hugues RIPOTEAU :
Ben en gros, le retard de la France en terme de robotisation par rapport aux autre pays européens tels que l’Allemagne. Donc là, à priori, le sujet était pour le moins intégré. Ensuite, les applications d’assemblage qui traditionnellement sont plutôt pour les pays à bas coûts. Il a compris qu’avec un robotisant, on pouvait les garder en France, donc moi j’estime que c’est plutôt positif. Voilà.
Guy FAGES :
Donc, il a écouté le discours des roboticiens ?
Jean-Hugues RIPOTEAU :
Il a écouté le discours, il les a intégrés. Reste qu’il ne lui reste pas beaucoup de temps pour le transmettre.
Guy FAGES :
Alors, Industrie 2012, c’est évidemment la machine/outil, et c’est au sortir du stand de Mazak que nous avons rencontré le dirigeant de cette Société qui nous explique la discussion qu’il a eu avec le Ministre.
Saïd NEZLIOUI – Directeur Général YAMASAKI
Je savais qu’il allait venir, donc j’ai voulu lui mettre, d’une façon un peu plaisante, les valeurs de l’Entreprise qui étaient portées par l’Entreprise sous un arbre de la sagesse. Au-delà de la dimension industrielle, les valeurs de l’Entreprise, ce ne sont pas que des machines, c’est d’abord des hommes, et ensuite des machines. C’est plutôt ça qui l’a interpellé.
Guy FAGES :
Alors, le Ministre est intéressé par tout ce qui était machine/outil ?
Saïd NEZLIOUI :
Apparemment oui. Il doit s’intéresser à quelque chose qui doit apporter 18% du P.I.B.
Guy FAGES :
Quelles étaient ses questions ?
Saïd NEZLIOUI :
C’est le type d’Entreprise qu’on était. Donc en fait, il a été surpris de voir que probablement le numéro 1 mondial était une boîte privée, un actionnariat privé, familiale, une Entreprise qui embauche quand même 100 personnes en France, qui soutient de gros acteurs français de l’industrie, qui a une usine de production en Europe, une usine de production aux Etats-Unis, une à Singapour, une en Chine, et que 4 au Japon. En fait, on a plus de sites de production hors Japon que Japon. Donc la globalisation…
Guy FAGES :
Est en marche dans la machine/outil.
Saïd NEZLIOUI :
Voilà, exactement.
Guy FAGES :
Voilà, le Ministre de l’industrie vient de finir sa visite du salon Industrie 2012. Alors, avant de laisser la place à Sébastien Gillet, l’organisateur du salon, nous vous donnons rendez-vous pour d’autres rencontres qui vont suivre dans les semaines qui viennent, avec notamment un grand patron de l’industrie. Merci.
Alors, Sébastien Gillet, visite d’un Ministre sur Industrie, c’est quand même quelque chose d’important ?
Sébastien GILLET – Directeur du salon Industrie 2012 :
Important pour le salon dans un premier temps. Important pour moi parce que c’était ma première, donc c’est toujours quelque chose d’assez intéressant et d’enrichissant. Important pour le salon parce que je crois que c’était une vraie demande des exposants, des industriels présents ici, d’avoir les politiciens qui s’intéressent à cette industrie qui indirectement a besoin d’un vrai coup de pouce du gouvernement. Je crois qu’elle est a été de mise aujourd’hui, par le Ministre qui est passé plus d’une heure - on aurait aimé qu’il reste plus longtemps, mais il a déjà débordé de son créneau horaire – avec des réponses, avec en tout cas des questionnements, et surtout avec un intéressement sur les produits présentés, sur le matériel, sur la fabrication, le fameux « made in France ». Je crois qu’il a pu répondre à pas mal de questions en tout cas de nos industriels.